L’art de se réjouir d’être détestée (par d’autres femmes)

Ou comment j'ai appris à transformer le venin féminin en carburant pour ma liberté

Manuel du sage imperturbable : transformer les haters en alliés intérieurs (mon titre en version masculine)

La scène du crime

Je lui dis bonjour. Poliment. Chaleureusement, même.

Elle me répond d’une voix à peine audible, comme si elle m’en voulait et comme si son « bonjour » lui arrachait la bouche. Son regard ? Un mélange parfait de mépris et de réprobation. On dirait qu’elle vient d’avaler un citron vert entier.

Depuis des années, c’est le même rituel.

L’autre ? Plus âgée, accrochée à son pouvoir comme un bernard-l’hermite à sa coquille. Elle me regarde de haut — exploit remarquable quand on fait le tiers de ma taille. Dans sa tête, je lui ai volé sa place. Dans la réalité, personne ne vole ce qui n’existe que dans sa tête. Mais essayez d’expliquer ça à quelqu’un qui s’accroche au passé comme à une bouée percée.

Vous aussi, vous connaissez ces personnes, non ? Celles qui vous détestent sans raison valable, ou pour des raisons tellement ridicules qu’elles feraient rire un enfant de cinq ans ?

Le jour où tout a basculé

Au début, je me suis posé mille questions. Enfin non, plutôt dix mille. Parce que nous, les femmes, on a ce super-pouvoir : se culpabiliser pour tout. Même pour des choses qui n’ont rien à voir avec nous. Genre le faim dans le monde ou le fait que le voisin ait perdu ses clés.

« Qu’ai-je fait de mal ? » « Comment puis-je arranger les choses ? » « Peut-être devrais-je moins sourire pour ne pas l’irriter ? » « Ou porter un sac en papier sur la tête ? » « M’excuser d’exister ? » « Changer de trottoir quand je la vois ? » « Déménager dans un autre pays ? »

J’ai même pensé — et je vous jure que c’est vrai — que si elle me détestait, c’était forcément de ma faute. Parce que bon, quand quelqu’un ne vous aime pas, c’est que vous avez fait quelque chose de mal, non ?

Non.

Mais essayez d’expliquer ça à mon cerveau de femme programmé depuis l’enfance à être gentille, à arranger les choses, à ne surtout pas déranger, à toujours tout faire pour que tout le monde soit content.

Spoiler alert : vous ne rendrez jamais tout le monde content. Et encore moins les gens qui ont décidé de vous détester.

J’ai passé des heures — non, des JOURS — à chercher ce que j’avais bien pu faire pour mériter cette animosité. J’ai rejoué mentalement toutes nos interactions comme si j’étais un enquêteur de la police scientifique analysant une scène de crime.

Résultat de l’enquête ? Rien. Nada. Que dalle.

J’ai même envisagé de faire un stage de camouflage pour disparaître dans le décor chaque fois que je les croisais.

Et puis un jour, en lisant Épictète (oui, je lis des philosophes grecs pendant que d’autres regardent Netflix, chacun son truc), j’ai eu un déclic…

Le renversement : quand La Rochefoucauld entre en scène

François de La Rochefoucauld — oui, ce nom à rallonge qui fait peur aux correcteurs automatiques — était un génie du 17ème siècle. Genre de gars qui buvait son café (enfin, son chocolat chaud, le café n’était pas encore à la mode) en observant les gens et en notant leurs pires travers.

Il a écrit : « La ruine du prochain lui plaît. » (Source)

Traduction moderne : L’être humain adore secrètement voir les autres galérer. C’est pour ça que les émissions de télé-réalité marchent si bien. Ça flatte notre petit ego de penser : « Au moins, moi, je ne suis pas tombé(e) dans la piscine habillé(e). »

Mais — et c’est là que ça devient diaboliquement brillant — on peut retourner l’équation.

Imaginez : mes deux « admiratrices » se délectent à l’idée de me voir perturbée par leur attitude. C’est leur petit plaisir coupable, comme manger une tablette de chocolat entière devant Netflix.

Sauf que… rebondissement ! Je suis parfaitement sereine.

Vous imaginez leur déception ? C’est comme si elles avaient préparé une super vanne assassine et que je répondais juste : « Ah bon ? Intéressant. » Avec un sourire. Un vrai.

C’est comme un jeu d’échecs moral : elles pensent avoir fait échec et mat. Elles se frottent déjà les mains. Mais en réalité, j’ai déplacé ma reine trois coups plus tôt. Elles peuvent bouger leurs pions tant qu’elles veulent — moi, je joue au Scrabble dans la pièce d’à côté.

Elles continuent leur partie toutes seules. Moi ? Je suis déjà passée à autre chose.

La science derrière le sourire

Carl Jung, ce psychologue que j’estime (contrairement à Freud qui, malgré son intelligence indéniable, avait une fâcheuse tendance à tordre les faits pour qu’ils collent à ses théories — on en reparlera autour d’un café, j’ai des arguments), avait compris que l’humour est un mécanisme de défense mature.

Pas une fuite. Pas du déni. Non, une véritable transformation. Comme faire du compost avec vos déchets de cuisine : vous prenez ce qui mérite la poubelle, et vous en faites de l’or pour votre jardin. (Source)

George Vaillant — un autre psychologue dont le nom sonne comme une marque de voiture de luxe — classe l’humour parmi les stratégies qui permettent la résilience sans déni de la réalité. (Source académique)

En termes simples : transformer le poison en remède, c’est de la haute voltige psychologique. C’est l’équivalent mental du triple salto arrière. Mais sans filet de sécurité. Et en talons. Pendant que quelqu’un vous jette des tomates.

Alors maintenant, quand la première me lance son regard réprobateur — vous savez, celui qui dit « tu incarnes tout ce qui ne va pas dans ce monde » — je pense : « Tiens, elle a encore avalé de travers ce matin. Ou peut-être qu’elle a marché sur un Lego pieds nus. »

Quand la deuxième me toise de son mètre quarante (et encore, avec les talons), je me demande sincèrement si elle a besoin d’un escabeau pour mieux me mépriser. Ou d’un drone avec caméra. Parce que franchement, l’angle de vue ne doit pas être idéal.

Ce n’est pas de la moquerie. C’est de la liberté intérieure. C’est la différence entre être leur victime et être l’observatrice amusée de leur petit théâtre personnel.

Le manuel pratique : 3 règles d'or

Règle n°1 : Ne jamais se justifier

Plus vous essayez de plaire à quelqu’un qui vous déteste, plus vous lui donnez de pouvoir. C’est comme essayer de convaincre un chat de vous aimer en le poursuivant dans tout l’appartement — ça ne marche pas. Jamais.

Le silence est une forteresse. La non-réponse déstabilise plus que n’importe quelle contre-attaque. Croyez-moi, j’ai essayé les deux.

Mes deux « admiratrices » attendent peut-être que je me défende, que j’argumente, que je déroule un PowerPoint en 47 slides pour prouver que je suis quelqu’un de bien. 

Je ne leur offre que ma sérénité. Avec un sourire.

Enfin, pas à leur attention, évidemment. Je ne suis pas folle non plus. Le sourire, c’est pour moi. Intérieurement. Quand je m’éloigne et que je pense : « Tiens, j’ai survécu à une nouvelle rencontre. Bravo moi. »

Règle n°2 : Observer avec détachement

Épictète — oui, encore lui, il est partout ce bonhomme — conseillait : « Souviens-toi que ce qui t’outrage, ce n’est ni celui qui t’injurie ni celui qui te frappe, mais ton jugement qui te fait penser que ces gens t’outragent. » (Source)

En clair : ce n’est pas leur haine qui vous blesse, c’est le sens que vous lui donnez.

C’est comme recevoir un mail énervé à 23h. Le mail ne peut pas vous frapper à travers l’écran. C’est vous qui décidez de vous énerver, de ne pas dormir, et de préparer mentalement une réponse cinglante jusqu’à 3h du matin.

Regardez-les comme un naturaliste observe les fourmis. Avec une loupe. De préférence derrière une vitre. Fascinant, instructif, mais pas personnel.

« Tiens, la fourmi A lance un regard réprobateur. Intéressant. La fourmi B se redresse sur ses pattes arrière pour paraître plus grande. Fascinant comportement défensif. »

Leur agitation révèle souvent leurs propres insécurités — pas votre valeur. Un peu comme un chien qui aboie derrière une clôture : il ne vous dit rien sur vous, mais tout sur son besoin de protéger son territoire.

Règle n°3 : Cultiver la liberté intérieure

Votre véritable victoire n’est pas qu’elles vous aiment. (Soyons honnêtes, ça n’arrivera probablement jamais. Et ce n’est pas grave.)

Votre victoire, c’est que leur haine ne vous touche plus.

C’est comme être immunisée contre un virus. Elles peuvent éternuer leur venin autant qu’elles veulent — vous avez développé les anticorps.

La paix intérieure est le meilleur remède contre le poison de la haine. Et contrairement aux médicaments, elle n’a aucun effet secondaire. Sauf peut-être de rendre vos détracteurs encore plus frustrés.

Mais ça, c’est leur problème. Pas le vôtre.

Quand la spiritualité rejoint la philosophie

Ce que je vais vous dire peut surprendre, mais ma pratique du Falun Gong m’a aidée à transformer cette épreuve.

Non, je n’ai pas atteint l’illumination. Je n’ai pas lévité au-dessus de mes problèmes (dommage, ça aurait été classe). Mais j’ai appris quelque chose d’essentiel.

Le Falun Gong repose sur trois principes : Authenticité (Zhen), Bienveillance (Shan) et Tolérance (Ren).

Une pratiquante persécutée en Chine — et on parle de vraie persécution, pas juste de regards de travers comme dans mon cas — témoignait que ses convictions spirituelles lui avaient donné la force de rester fidèle à ses valeurs malgré une pression énorme, sans tomber dans l’amertume ou la haine. (Source Minghui)

Alors vous imaginez : si cette femme a pu garder sa sérénité face à une vraie persécution, moi, face à mes deux « détractrices » et leurs regards réprobateurs… c’est franchement du niveau débutant.

Face à mes deux « ennemies de poche », je ne cherche pas à les aimer. Soyons clairs : je ne vais pas leur sauter au cou en criant « Je t’aime ! » (elles appelleraient probablement la police).

Je ne cherche pas non plus à les changer. Elles ont le droit d’être qui elles sont, même si « qui elles sont » inclut me détester sans raison valable.

Je cherche juste à rester fidèle à mes principes :

  • Authenticité dans mes paroles (donc pas de faux sourire forcé qui me donnerait des crampes aux joues)
  • Bienveillance dans mes intentions (même si elles ne voient pas ce qui se passe dans ma tête)
  • Tolérance dans mes réactions (c’est-à-dire ne pas leur répondre ce que je pense vraiment)

Le christianisme enseigne quelque chose de similaire : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent » (Matthieu 5:44).

Il ne s’agit pas d’aimer leur haine — on n’est pas masochistes non plus. Mais de voir au-delà : l’humanité fondamentale de l’autre, même déformée par ses propres insécurités, ses peurs, son besoin de se sentir supérieure en rabaissant les autres.

C’est un peu comme regarder quelqu’un à travers un miroir déformant de fête foraine : la personne est là, quelque part, sous les déformations.

Et si on pousse encore plus loin — accrochez-vous, ça va faire très « moine bouddhiste » — on peut même éprouver une sincère compassion pour elles.

Oui, vous avez bien lu. Pas de la pitié condescendante du genre « Oh, la pauvre petite chose ». Non. Une vraie compassion.

Imaginez : vivre avec un cœur tellement petit qu’il n’a pas la place pour être bienveillant avec tout le monde. Un cœur qui doit rationner l’amour, comme quelqu’un qui rationnerait le chocolat. « Désolée, j’ai dépassé mon quota de gentillesse pour aujourd’hui. Revenez demain. Ou jamais. »

Ne pas avoir la force intérieure d’être bienveillant avec tout le monde — y compris (et surtout !) avec ceux qu’on n’aime pas spontanément. Parce que bon, être gentil avec ses copines autour d’un café, tout le monde sait faire. Le vrai défi, c’est de rester ouvert et chaleureux même avec ceux qui nous hérissent le poil. Quelle tristesse de ne pas en être capable.

Elles ne peuvent pas. Pas qu’elles ne veulent pas — enfin, peut-être un peu — mais surtout, elles n’ont pas les ressources intérieures pour le faire. C’est comme demander à quelqu’un qui n’a jamais fait de sport de courir un marathon : ce n’est pas juste qu’ils refusent, c’est qu’ils n’en ont tout simplement pas la capacité.

Alors oui, quand je les croise maintenant, je pense parfois : « Quelle vie épuisante ça doit être, de porter tout ce poids de jugement, de mépris, de petitesse d’esprit. »

Moi, je rentre chez moi légère. Elles rentrent chez elles chargées de leur propre venin.

Qui est la plus à plaindre, finalement ?

Votre propre maxime de sagesse

Voici la mienne, que je me répète chaque fois que je croise le regard réprobateur de la première ou le mépris miniature de la seconde :

« Le plaisir d’être détestée est la liberté de n’avoir plus rien à prouver. »

Marc Aurèle, l’empereur philosophe, écrivait : « Si l’on peut me convaincre et me montrer que je juge ou que j’agis à tort, je serai content de changer; car je cherche la vérité. » (Source)

Si leurs critiques étaient justes, j’en tiendrais compte. Mais elles ne le sont pas. Alors je choisis la liberté.

L'outil pratique : votre journal de détachement

Voici un exercice que je vous propose cette semaine :

  1. Identifiez une personne qui vous déteste (ou semble vous détester)
  2. Notez les faits : que fait-elle exactement ? (Pas d’interprétation, juste les faits)
  3. Séparez : Quelle partie dépend d’elle ? Quelle partie dépend de vous ?
  4. Travaillez : Sur ce que vous pouvez améliorer en vous grâce à elle
  5. Créez votre propre maxime personnelle (10 mots maximum)

La conclusion qui change tout

Aujourd’hui, quand je croise mes deux « meilleures ennemies » (ironiquement, elles sont mes seules ennemies, donc techniquement, oui, ce sont les meilleures), quelque chose d’étrange se produit.

La première me lance toujours son regard réprobateur — vous savez, celui qui dit « tu n’aurais pas dû naître ». La seconde me regarde toujours du haut de la taille de son mépris.

Mais moi ? Je souris intérieurement.

Non pas de mépris. Enfin, pas toujours. Je suis humaine, hein. Parfois, je pense quand même : « Sérieux ? Encore ce matin ? »

Mais la plupart du temps, je réalise qu’elles m’ont offert le plus beau des cadeaux — sans le vouloir, évidemment. Elles ne m’ont pas fait de paquet cadeau avec un joli ruban. C’est plutôt comme si elles m’avaient jeté un cadeau à la figure en espérant me blesser, et que j’avais attrapé au vol quelque chose de précieux.

Ce cadeau ? L’opportunité de pratiquer ce en quoi je crois fondamentalement. L’occasion de mettre en pratique ma philosophie, pas seulement de la lire dans de beaux livres en buvant mon thé.

Pratiquante, pas seulement croyante. Nuance.

C’est facile d’être bienveillant avec ses amis autour d’un bon repas. C’est autrement plus sportif de l’être face à quelqu’un qui vous déteste sans raison depuis des années. C’est mon entraînement quotidien. Mes deux « détractrices » sont mes haltères spirituels. Gratuites, en plus.

Les stoïciens l’auraient compris. Les chrétiens persécutés l’ont vécu. Des centaines de milliers de pratiquants du Falun Gong le vivent aujourd’hui. Et vous pouvez le vivre aussi.

Alors je vous pose la question : Qui vous déteste ?

Et si cette personne était en réalité votre meilleure professeure de sagesse ? Celle qui vous force à grandir, bon gré mal gré ?

La seule qui ne vous fera jamais payer ses cours — parce que franchement, elle pense vous punir, alors qu’en réalité, elle vous rend service.

Merci Mesdames. Sincèrement.

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